Life is strange – Episode 1 – Chrysalis

Life is strange

 De la douceur d’un papillon

Le jeu vidéo est un média étonnant. Bien souvent il nous divertit, nous amuse et nous confronte à de nouveaux défis. Parfois il nous interroge ou nous instruit. Plus rarement il parvient à éveiller en nous une véritable émotion. J’ai ri devant certains titres, d’autres ont bien failli m’arracher quelques larmes mais aucun ne m’avait encore fait ressentir un sentiment de douce mélancolie. Et puis j’ai lancé Life is strange.

Life is strange, second titre du studio francais DONTNOD (après Remember Me) vous place dans la peau de Maxine, alias Max, étudiante adulescente timide et introvertie de retour dans la ville de son enfance, Arcadia Bay, afin d’y suivre des études de photographie à la Blackwell Academy. Rapidement confronté malgré elle à un événement dramatique, la jeune Max va découvrir qu’elle a en sa possession un pouvoir étonnant, celui de remonter le temps et d’être ainsi en mesure de modifier le cours des évènements. Poursuivant le travail commencé sur Remember Me, le studio parisien explore donc à nouveau ses deux thèmes de prédilection, féminité et impact du temps.

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D’emblée, le titre nous place dans un univers connu et connoté. Arcadia Bay, dont le nom même fait référence à la contrée du bonheur mythologique, a tout de la petite bourgade américaine proprette de série TV. Impossible de ne pas penser à Twin Peaks, Dawson Creek’s, Angela 15 ans ou Breakfast Club et de ne pas être saisi par l’influence des films « Sundance » type Juno tant les décors, les personnages et les intrigues semblent tout droit sorti de ce type de production. Ce qui n’est pas pour nous déplaire puisque le studio a suffisamment travaillé son univers pour le rendre parfaitement cohérent. Les différentes scènes que l’on traverse le long des deux petites heures demandée pour parcourir ce premier épisode regorgent de détails, qui s’ils ne sont pas tous de même importance, permettent de s’imprégner réellement dans l’univers du titre et d’étendre la galerie des personnages et des intrigues. Univers dont il est facile de ne faire qu’effleurer la richesse tant la curiosité est ici récompensée par la découverte de nouvelles bribes d’informations, de nouveaux liens entre les personnages ou tout simplement d’allusions ou de références à la pop-culture.

Concernant les protagonistes, on retrouvera les très classiques ex meilleure amie en pleine rebellion, fils à papa imbu de sa personne, pom-pom girls infectes, homme a tout faire un peu étrange, redneck vétérant de l’armée… On pourrait être déçu devant l’accumulation de tels clichés, mais l’exceptionelle justesse de l’écriture parvient à transformer ces rôles archétypaux en  , sans compter que le jeu semble promettre des personnages plus profonds et plus complexes que ce que cette introduction laisse entrevoir. Encore une fois, c’est par votre curiosité à aller fouiller les moindres recoins que ce révélera par petite touche leur profondeurs (je pense à un personnage en particulier par exemple, qui peut n’être qu’esquissé si l’on se contente de suivre la narration apparaît en réalité comme omniprésent lorsque l’on choisi de s’éloigner un peu de la trame logique).

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Au niveau des intrigues, si une sur-couche impliquant une catastrophe de plus grande ampleur semble se dessiner et que la disparition d’une élève touche la Blackwell Academy, la plupart des histoires que nous découvrons au fur et à mesure de nos rencontres se nourissent de sujets plus banals, presque quotidiens, problèmes communs du passage de l’adolescence à l’âge adulte et de la vie lycéenne (amourettes, coup bas, relations conflictuelles avec les adultes et l’autorité, drogue, intégration dans un nouvel univers, mécanique de groupes, sur-présence des réseaux sociaux…). A nouveau, l’écriture du studio permet à ce qui pourait paraître insignifiant à première vue de se révéler réellement prennant et intéressant, tout en renforcant le côté naturel et crédible de l’univers. Car en incarnant Max, c’est à des problèmes que nous connaissons, soit parce qu’ils nous renvoies directement à nos propres expériences, soit parce que les productions tv et cinéma nous les rendent familières, que nous sommes confrontés.

Aventure narrative interractive, cette incarnation passe par un mélange entre une petite part de déplacement libre en 3d et des mécaniques classique de point & click, empruntant ici beaucoup aux grammaires de TellTale ou de Quantic Dream. Faire le tour d’une scène en cherchant les éléments cliquables qui vous permettront de faire avancer le scénario ou viendront simplement enrichir l’univers. Interragir avec les différents protagonistes en portant votre choix sur l’une des réponses possibles ou l’une des actions proposées. Au niveau des dialogues, le titre marque sa différence avec les récentes productions TellTale sur deux points principaux. Le premier c’est l’absence du silence comme option, absence qui peut parfois se transformer en manque si aucune des possibilités proposées ne vous convient (il faut alors composer avec la personnalité propre de Max qui, à la différence du Lee de TWD par exemple, n’est pas seulement le résultat de l’incarnation choisis par le joueur mais un personnage possédant ses propres sentiments, peurs ou réactions) . Le seconde c’est la disparition de la notion de temps limité, qui s’explique par la possibilité offerte par le pouvoir de Maxine de remonter le temps pour modifier sa dernière réponse ou action.

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Ce gimmick, qui semble à première vue un peu vain, enrichit en réalité le titre d’un réel questionnement. Si dans ce premier épisode, la plupart des choix semblent n’avoir que des conséquences à court terme, il est particulièrement intéressant d’explorer les différentes possibilités et de tester les réactions induites par nos réponses, nos questions ou nos actions avant d’acter un choix définitif, qui vous laissera de toute manière avec un sentiment de doute puisque ne sachant jamais réellement qu’elle en sera la portée définitive. On trouve ici un véritable questionnement sur la notion de choix. Sans compter que l’option de rewind n’affectant pas notre héroïne, le champs des possibles s’élargi parfois avec un retour dans le temps bien placé. Votre prof préféré vous pose une question dont vous n’avez pas la réponse, pas de problème. Laissez répondre votre pire ennemie, revenez quelques secondes en arrière et, miracle, le nom de cet inventeur qui vous échappait vous est revenu. Hormi ces instants portés sur la notion de choix, le titre vous imposera à quelques moments d’utiliser votre pouvoir pour résoudre quelques micro-énigmes qui ne vous demanderont jamais plus de quelques secondes de réfléxion. Life is strange ne présente aucun challenge aux joueurs et se traverse comme une balade. Cette impression de promenade tranquille se trouve encore renforcée par la bande originale mélant pop, indie rock et neo-folk (Syd Matters, Angus and Julia Stone, Mogwai, Bright Eyes…) et dont les mélodies se marient parfaitement à l’ambiance générale.*

Cette cohérence se retrouve également dans la direction artistique, presque pastel. Couleurs automnales, lumières rasantes d’un soleil déclinant, design général loin du photoréalisme (graphiquement on pourra tout de même regretter quelques faiblesses)…

En résumé, ce premier épisode est presque un poème en construction. Tel sa BO folk empreinte de mélancolie, DONTNOD nous offre ici un petit moment de grâce et de subtilité. Un univers à la douceur presque suranée, parfois cliché mais toujours agréable, peuplé de personnages touchants et intrigants. N’étant qu’une introduction, il est impossible de dire aujourd’hui ce vers quoi tendra le titre en définitive mais cette mise en bouche ne laisse augurer que du positif, pour peu que l’on ne soit pas allergique aux aventures narratives du type Walking Dead ou Gone Home. Rendez-vous en mars pour l’épisode deux et pour voir, peut être, le papillon émergé délicatement de sa chrysalide.

Sombrechat

*La playlist complète étant par ailleurs disponible sur Spotify à l’adresse suivante : https://play.spotify.com/user/officiallifeisstrange/playlist/1f5ZzLDTXHTDR8CYIEddpW

Présentation du blog

Lancement

Premier blog, premier article. Il y a longtemps que j’avais dans l’idée d’allier deux de mes passions, l’écriture et le jeu vidéo. Longtemps que je me disais qu’il pourrait être intéressant de m’essayer à l’écriture de critiques ou d’impressions  et de partager avec d’autres ceux qui ne sont en définitive que des avis bien subjectifs pouvant donc susciter débats et discussions.

La ligne directrice du blog

J’ai parlé de critiques un peu plus haut et ce n’est pas un hasard si j’emploie ce mot et non celui de « tests ». A mon sens, un « test » est quelque chose de technique, de mécanique. Un testeur de jeux vidéo traque et déniche les bugs et les faiblesses d’un titre, il n’est pas là pour en faire la critique, contrairement à ce que pourrait laisser penser la façon dont le mot est détourné aujourd’hui. Je ne suis pas testeur, je ne fais pas du contrôle qualité d’un produit, je donne simplement mon avis et mon ressenti.
Cet espace est donc conçu pour assouvir cette envie de partage entre joueurs curieux. J’essayerai d’y publier des avis de façon régulière, dans la mesure du possible puisque ce n’est pas mon occupation principale, que le jeu vidéo est un média qui peut être chronophage et que je ne publierai pas la critique d’un titre sans l’avoir terminé, au moins une fois, ce qui peut prendre un temps certain (j’exclus bien evidemment les MMO, les titres axés uniquement sur le multijoueurs et les expériences qui dérivent du Rogue-like). La raison étant que j’estime que comme dans un film ou un livre, il arrive parfois qu’une scène, un élément de scénario ou de gameplay puisse faire passer un jeu de médiocre à moyen ou de bon à passable.

Étant un joueur principalement PC, la plupart des jeux dont je parlerai seront sur ce support, même si il pourra peut-être m’arriver de faire quelques exceptions pour parler de titres consoles (pour le moment uniquement PS3 puisqu’étant la seule machine que je possède). Comme tout joueur PC, je possède maintenant un backlog Steam bien fourni dans lequel je risque de piocher allègrement pour réaliser mes critiques. Comprendre donc que je ne me limiterai pas aux nouvelles sorties et ce, pour plusieurs raisons. La première étant que je n’ai aucune intention de concurrencer les géants du secteur dans la course aux tests (je n’ai aucune chance d’y parvenir et ça ne m’intéresse de toute manière en aucun cas). La seconde, c’est qu’avec la multiplication des bundles et des offres promo, nous achetons (en recherchant souvent des avis au préalable) de plus en plus de titres parus depuis quelque temps déjà, décalant parfois ainsi de plusieurs mois notre temporalité de joueurs de celle des sorties. La parution de critiques tardives peut donc s’avérer tout à fait pertinente, je crois.
De temps en temps, il est également possible que je publie des dossiers plus étoffés sur une série de jeux, sur un studio ou sur un thème particulier. Là encore, la fréquence de parution dépendra beaucoup du temps que j’aurai à accorder à la recherche et à la rédaction de ce type d’exercice.

Les notes

Pas de notes sur Gamereview. Pour une raison simple, je n’ai jamais compris l’obsession de la presse JV pour le concept de note. Une habitude scolaire sans doute. Dans d’autres formes de cultures (cinéma, littérature, musique…) les notes sont rares, pour ne pas dire exceptionnelles. Dans le JV, elles sont la norme (hormis quelque courageux qui y ont renoncé, comme FactorNews ou les magasines GAMES ou JV). Si je peux comprendre la facilité de l’emploi de la note (pour les média web afin d’acquérir plus de visibilité et pour les lecteurs par gain de temps), je préfère pour ma part m’en passer et m’en tenir aux textes, conclus par un résumé de quelques lignes de mon avis général.

Qui suis-je?

Parce qu’il est toujours plus agréable (et que ça peut être utile parfois) de savoir qui l’on lit, je suis donc Sombrechat, 27 ans dont 20 passés en compagnie du JV. Commençant ma vie de joueur avec le Game & Watch Zelda, j’ai rapidement enchainé sur la NES avec Super Mario Bros qui à été ma première « véritable » console. Les années suivantes ont été consacrées à squatter chez un ami d’école qui avait la chance de posséder la Super NES, sur laquelle j’ai pu découvrir (et perdre un temps hallucinant) des grands classiques comme Street II, Super Mario Kart, F-Zero et j’en passe. Passage à la 3D pour poursuivre avec la Nintendo 64, découverte d’un gameplay nouveau avec Mario 64 et des joies du FPS multi avec Goldeneye. A cette époque, je suis donc passé totalement à côté de la révolution Playstation. Première incartade hors de l’univers Nintendo en 2003 avec l’achat de la PS2, qui reste aujourd’hui encore la machine (hors PC) sur laquelle j’ai dévoré le plus de titres (découverte de Gran Turismo, GTA3, PES…) avant de revenir vers la firme de Kyoto avec l’achat de la GameCube (achetée à la sortie de RE4).
À ce moment là, j’ai peu à peu basculé sur le jeu PC. Ayant connu les LAN dans mon adolescence, c’est par le jeu multi que je suis revenu sur cette machine, notamment par les très nombreuses heures passées en groupe sur CS dans de petits cyber-cafés. Du FPS, j’ai finalement bifurqué sur le MMO un peu après la sortie de WOW, que j’ai arpenté pendant 8 ans pour finir par quitter définitivement il y a peu. Je reste donc aujourd’hui un joueur principalement PC, explorant pas mal de genres différents, mais avec quelques prédilections (RPG, MMO, jeux de stratégie ou point & click narratif par exemple).

Ces petites présentations étant faites, je n’ai plus qu’à souhaiter « Bonne lecture » à ceux qui passeront par ici, en espérant que le contenu qui y sera publié vous plaira. Le premier article sera consacré à un avis sur le titre « Life is strange » du studio DONTNOD.